Moselle Révélations

EDITO 4 : La grande danse des chefs à plumes​

René HOMBOURGER dans la campagne (DR)
René HOMBOURGER dans la campagne (DR)

Les 15 et 22 mars 2026, les citoyens seront appelés à choisir les nouveaux chefs des tribus tricolores. La cérémonie électorale promet d’être joyeuse et animée : les uns y perdront des plumes, les autres leur scalp. Et pour certains, le retour forcé sous la tente, loin du feu sacré du pouvoir.

Dans un mois, nous élirons — ou réélirons par habitude, résignation ou aveuglement — les chefs de nos communes. Parfois pour les maintenir sur leur trône de peau de bison, parfois pour les chasser à coups de tomahawk démocratique. Au soir du 22 mars, les chefs à plumes fraîchement intronisés disposeront de six longues années pour marquer leur territoire. Soit en servant la tribu. Soit, plus classiquement, en servant leurs intérêts personnels, leur clan, et quelques bâtisseurs de tipis bien choisis. L’histoire récente nous a déjà appris quelle option certains préfèrent.

À Kuntzig, Crazy Horse, chef de l’étrange tribu des DesSiouxSioux, se prend pour le maître de la foudre. Cet électricien devenu potentat local, omniprésent dans les affaires des villages voisins, règne sur sa commune comme sur un butin de guerre. Les lois ? Il les ignore. Les règlements ? Il les tord. La légalité ? Il l’adapte à ses besoins, comme un tipi monté à la va-vite. Quant à l’épouse d’un adjoint, employée du Conseil des sages, elle menace d’aller pendre au tribunal le signataire de ces lignes.
Crazy Horse sera-t-il reconduit ? Non, si la morale publique a encore un souffle de vie. Il affronte une liste de guerriers excédés par ses méthodes brutales et son arrogance de petit dictateur des plaines. Le chef de meute, obsédé par l’or et le pouvoir, pourrait bien finir le nez dans la poussière.

Un peu plus loin, Geronimo, chef autoproclamé de l’ancienne tribu TheodonisVilla, règne sur de vastes terres comme un despote hors d’âge. Ses accointances avec un grand bâtisseur de tipis — très généreux quand il s’agit d’amis — l’ont plongé dans un bourbier politique. Après deux mandats, son bilan ressemble à un champ de ruines : ponts inutiles, immeubles bradés, finances suspectes et une odeur persistante de corruption.

Geronimo doit désormais faire face à plusieurs guerriers bien décidés à lui faire rendre son calumet. Un jeune trublion l’a déjà ridiculisé devant le Conseil des sages, où le vieux chef s’était aventuré pour défendre une squaw globe-trotteuse, grande consommatrice des largesses du fameux bâtisseur de tipis. Mauvais calcul : les sages l’ont renvoyé sous sa tente, les plumes en désordre et la dignité piétinée.

Un autre guerrier, observateur patient des manœuvres du chef depuis six longues années, a lui aussi sorti la hache. Certes, il chasse sur les mêmes terres électorales que Geronimo, mais il en connaît chaque sentier, chaque cachette, chaque mensonge. À la faveur des nuits sans lune, il complote même avec d’autres guerriers lassés de voir la tribu pillée. Il ne serait pas surprenant de le voir, le 22 mars au soir, fumer le calumet de la paix… sans Geronimo.

D’autres prétendants rêvent également de détrôner le vieux chef. Mais ils partent en ordre dispersé, chacun pour soi, et risquent surtout de servir de figurants dans la chute — ou la survie — du chef aux plumes définitivement fanées.

À Distroff, Sitting Bull de la tribu des BisonsAssis, chef depuis 2020, n’a guère goûté les accusations de favoritisme lancées par un bâtisseur de tipis voisin. Offensé, il a cru bon d’aller laver son honneur devant le Conseil des sages. Grave erreur : les sages, dans leur infinie sagesse, l’ont sèchement renvoyé sous sa tente, jugeant qu’il n’y avait là aucune diffamation.

C’est aussi dans ce village, paisiblement traversé par la Bibiche, qu’une décharge sauvage a élu domicile. Les effluves pestilentiels empoisonnent l’air de toute la tribu… sauf celui de Sitting Bull, mystérieusement insensible aux relents d’ordures. Un don rare, sans doute.

À Basse-Ham, Cochise, grand chef des Apaches locaux, rêvait d’un golf prestigieux cerné de tipis luxueux. Le rêve s’est transformé en farce : malfaçons en série, arrangements douteux, inondations dès la première pluie. L’expertise est sans appel : dégâts majeurs, responsabilités clairement identifiées. Incompétence, copinage, dessous de table… Cochise pleure, mais son avenir politique s’annonce aussi étanche que ses constructions.

Partout dans cette contrée, chefs de guerre et prétendants ont peint leurs visages et affûté leurs armes. Le choc sera violent. Il y aura des vainqueurs, des vaincus, et quelques chefs déchus jurant qu’on leur a volé la victoire. Un coup des Russes, sans doute…
Nous serons là pour compter les plumes arrachées, les scalps perdus… et les illusions démocratiques.

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