Le maire autocrate de Kuntzig, Patrick Becker, gère la commune en véritable despote. Huitième vice-président de la Communauté d’agglomération Portes de France-Thionville, vice-président du SMiTU, il n’hésite pas à employer la méthode forte pour parvenir à ses fins.
Kuntzig est une commune rurale de 1300 habitants aux portes de Thionville, à deux encablures du Luxembourg dont elle faisait partie jusqu’en 1659. Maire depuis 2020, Patrick Becker, 60 ans, est aussi huitième vice-président de la Communauté d’agglomération Porte de France-Thionville (13 communes, 80.000 habitants, 156 km2) chargé des Transports urbains et des Gens du voyage. Il est également vice-président du Syndicat Mixte des Transports Urbain Thionville-Fensch (SMiTU). Des postes qui lui donnent l’autorité qu’il n’a peut-être pas naturellement. En tout cas, Patrick Becker gère sa commune en tyran comme en témoignent les affaires qui sont arrivées à quelques années d’intervalle sur le bureau du procureur de la République de Thionville.
Scène de western en mairie
Dans une plainte détaillée datée du 11 août 2023, le promoteur Thionvillois, René Hombourger, explique qu’il a été « victime de violences, de pressions et même de séquestration » de la part du maire Becker et de plusieurs élus. Cette plainte permet aussi au promoteur de dénoncer un vaste système de corruption locale dont il se dit victime, impliquant des agents municipaux, des acteurs immobiliers et même… des personnes liées au milieu judiciaire !
Que dit cette plainte ? Donnons la parole au plaignant.
« Je réponds à une demande de rendez-vous par téléphone, de la part du maire. Le piège a été bien préparé. Il est dans son petit bureau, avec trois adjoints. Je me présente, ‘’bonjour, Patrick’’ et idem pour les autres. Puis, le maire m’agresse verbalement, et hurle comme un fou. Je lui demande ce qu’il se passe pour qu’il m’agresse à ce point. Je le salue et je veux quitter la pièce. C’est à ce moment-là que le premier adjoint, Xavier de Lazzer me bloque par une clé d’étranglement très violente alors que le deuxième adjoint, Patrick Vécrin et une autre personne m’empoignent par les bras et me bloquent sur le siège. Je leur dis : « vous êtes devenus fous ». De lazzer continu son étranglement, à vouloir me faire perdre conscience. Le maire hurle à ne plus en finir en disant : ‘’je veux du fric, du fric’’ comme un fou. Je lui réponds : ‘’ tu fais comme moi, tu vas voir la banque.’’ J’ajoute : « tu veux en venir comme à Thionville ? » Il répond du tac-au-tac : ‘’avec tout ce que je sais sur eux, ils ne sont pas en taule, donc je ne risque rien’’.
Rappelons que Patrick Becker est le premier vice-président du SMiTU (service des transports en commun de Thionville-Fensch) que préside Roger Schreiber.
Compte tenu des nombreux scandales révélés dans la gestion des bus, la réalisation de ponts inutiles, etc. la Cour des Comptes a saisi le Procureur d’une plainte et plusieurs associations en ont fait de même.
« La clé d’étranglement et l’interrogatoire ont duré exactement une heure, car je suis enregistré par son téléphone sans le savoir. »
La plainte de René Hombourger précise encore que M. de Lazzer est « une personne intéressée par un bien immobilier que possède sa société et cet élu n’hésite pas à faire ouvertement état du statut de son épouse qui travaille au Tribunal de Thionville comme greffière et qu’elle « est donc bien informée ».
Précisons ici que l’épouse en question, Nathalie De Lazzer, vient de lancer un tract, au nom d’un « groupe des habitants de Kuntzig » où il est écrit : « On cherche à constituer une liste d’opposition contre l’actuelle dictature de la liste Becker » ! Ambiance.
Au bout d’une heure d’interrogatoire, le téléphone du maire a bipé car l’alarme de la salle polyvalente venait de sonner. Fin de l’incident. « J’ai quitté son bureau ».
Régis Paul, une heure sur le grill
Quelques années plus tard, René Hombourger reçoit la visite d’une mère de famille de Distroff. « Elle me dit : Ils veulent assassiner mon fils. » Pour preuve de ces affirmations, Mme Paul lui remet un document de 26 pages. Il s’agit de l’interrogatoire de son fils, Régis Paul, en mairie de Kuntzig.
Cette autre affaire impliquant le maire Patrick Becker et plusieurs élus remonte au 1er octobre 2016. Là encore, il s’agit d’un « interrogatoire » extravagant de Régis Paul, un agriculteur de la commune voisine de Distroff qui faisait paître une dizaine de ses vaches dans un parc communal loué depuis belle lurette par René Hombourger, conformément à un bail dûment établi.
Pour cet interrogatoire serré qui a duré 59 minutes et 21 secondes et dont on lira ci-dessous la retranscription (effectuée par une huissier de justice), le maire avait aussi convié un habitant du village qui n’a aucun mandat et dont se demande pourquoi il est présent en mairie ce jour-là. Il s’agissait en fait de faire dire à Régis Paul qu’il n’a pas le droit de mettre ses vaches sur le parc communal loué par René Hombourger, ce dernier n’étant pas agriculteur. On veut lui faire avouer qu’il s’agit d’une sous-location illégale. Ce qui est faux. Régis Paul sort épuisé et inquiet par cet interrogatoire interminable.
Pourtant, ses ennuis ne sont pas terminés. Régis Paul constate que ses bêtes présentent des signes d’empoisonnement. Seul un individu ayant accès à des produits toxiques peut être à l’origine de ces actes inqualifiables. Il est vite identifié.
Chaque jour ou presque, l’agriculteur de Distroff est harcelé au point qu’il se décide à faire un signalement à la gendarmerie de Guénange (57) le 10 août 2019.
Mais cela n’a pas suffi à calmer le jeu. Finalement, après plusieurs années de tracasseries insupportables, Régis Paul demande à son avocat, Me Jérôme Tibéri, de déposer une plainte auprès du procureur de la République de Thionville, en date du 1er octobre 2024.
Voici ce que dit la plainte : « Monsieur Paul m’a mandaté pour déposer plainte à l’encontre de M. Patrick Becker, maire de la commune de Kuntzig, écrit l’avocat. En effet, le 1er octobre 2016, M. Paul s’est rendu en mairie pour un entretien avec le maire. Au cours de cet entretien, il s’est retrouvé en présence de M. de Lazzer, 1er adjoint, Mme Martini, 2ème adjointe et M. simple habitant de la commune et qui n’avait rien à faire dans le cadre de cette réunion. Lors de cette discussion, M. Paul a été enregistré à son insu et a subi un véritable interrogatoire de la part de la mairie […] Pire encore, M. Becker a fait retranscrire cette audition par un Commissaire de Justice. […] Depuis cette date M. Paul subit un véritable harcèlement de la part de la municipalité. En effet, il ne peut plus exploiter ses terres comme bon lui semble. Des plaintes sont sans cesse déposées contre lui. Il subit des agressions verbales de la part de M. le maire. On lui envoie des factures pour nettoyer la route après le passage de son tracteur. Lorsqu’il demande à se porter acquéreur d’un terrain, la vente lui est refusée. Ces agissements sont inacceptables et mettent en péril le bien-être et la santé de M. Paul. »
D’où la plainte pour harcèlement. Une enquête est toujours en cours.
Quant à René Hombourger, habitant de Kuntzig, il a préféré jouer l’apaisement. « Compte tenu de la dangerosité de la situation et des personnes peu recommandables impliquées dans cette affaire, j’ai préféré dénoncer le bail » dit-il.
Sa plainte est toujours à l’instruction. Jusqu’à quand ?
Magouilles autour de l’enquête publique
Les frasques et les manipulations de Patrick Becker, maire de Kuntzig, ne s’arrêtent pas à ces coups de force. Il exerce aussi des pressions sur des personnes chargées d’une mission d’intérêt public.
Initialement prévue du 7 janvier au 9 février 2019, l’enquête publique relative à la transformation du Plan d’Occupation des Sols (POS) en Plan Local d’Urbanisme (PLU) a été prolongée de quatorze jours, soit jusqu’au 23 février 2019. Cette prolongation est intervenue dans un contexte problématique, notamment en raison des conditions dans lesquelles le commissaire enquêteur a exercé sa mission.
En effet, Monsieur Alain Graillat, ingénieur hydrogéologue, a été désigné par le Tribunal administratif de Strasbourg. Au cours de sa mission, il a été retenu (contre son gré ?) pendant plus de vingt minutes dans le bureau du maire alors qu’il devait assurer sa permanence, et dont la présence obligatoire lorsqu’elle est ouverte au public.
Changement d’affectation des terrains
Dans quel but ? « Le commissaire-enquêteur a-t-il reçu des consignes, sous contrainte ou par corruption, visant à déclasser mes terrains constructibles, alors même que des permis de construire avaient déjà été déposés sur ces parcelles, demande René Hombourger ? Lors de notre premier entretien, Monsieur Graillat m’avait pourtant confirmé, au regard de ses compétences d’ingénieur hydrogéologue, que mes terrains ne se situaient pas en zone humide. »
Or, malgré cette affirmation initiale, ses conclusions et rapports ultérieurs ne reflètent pas cette analyse, « ce qui constitue un manquement à ses obligations professionnelles et une atteinte au principe de neutralité et d’impartialité qui s’impose à un commissaire enquêteur » ajoute René Hombourger.
Le cadre de l’enquête publique de Kuntzig
L’enquête publique porte sur l’élaboration du PLU de la commune de Kuntzig, dont les objectifs sont notamment :
- La diversification de l’offre de logements, avec des constructions moins énergivores ;
- Le désenclavement de certaines rues ;
- L’optimisation du développement communal en tenant compte des risques d’inondation ;
- Le développement économique en lien avec la future ZAC Actypole ;
- La préservation du caractère rural du village et la revalorisation de certains secteurs, notamment la Bibiche.
Comme pour toute enquête publique, le public peut consulter le dossier en mairie aux heures d’ouverture ou sur le site internet de la communauté de communes ; déposer des observations sur le registre d’enquête, par courrier ou par voie électronique ; rencontrer le commissaire enquêteur lors de ses permanences, notamment le samedi 23 février 2019 de 10h à 12h.
À l’issue de cette enquête, le Conseil municipal de Kuntzig s’est prononcé en faveur de l’approbation du PLU, tel que le souhaitait le maire, c’est dire en déclassant les parcelles appartenant à René Hombourger.
Précisons que le Préfet, via ses services de la Mission Régionale d’autorité environnementale (MRAe), avait interdit, route de Distroff, toute mise en urbanisation des zones agricoles classées naturelles. Le maire et le commissaire enquêteur ont passé outre, malgré la contestation du Préfet. (Cf. avis de cadrage page 3/11).
Le commissaire-enquêteur était devenu d’une certaine manière le complice du maire.


